Cendres de cailloux

 

de Daniel Danis

Mise en scène : Dominick Bédard

Direction d'acteur : Bernard Lavoie

Comédiens :
Chantal Éric-Dumais
Josée Girard
Denis Leclerc
Ricky Tremblay

 

 

L'équipe tient le pari du NOIR.

Le théâtre La Rubrique propose aux spectateurs une escapade hors des sentiers battus avec la pièce «Cendres de cailloux», où tous les sens autres que celui de la vue sont sollicités. Car cette pièce se déroule en grande partie dans le noir le plus complet. Le metteur en scène, Dominick Bédard, admettait, le soir de l'avant-première, que le défi était grand mais que les amateurs de théâtre ont pour une fois l'occasion d'assister à quelque chose d'inhabituel ici, en région, alors que ce genre de productions «flyées» se rencontrent surtout à Montréal.

Cette pièce est non seulement une expérience inhabituelle, exigente pour les spectateurs, mais elle l'est également pour les comédiens et le sonorisateur. Les comédiens Chantal-Éric Dumais, Josée Dumais, Denis Leclerc et Ricky Tremblay doivent en effet se déplacer dans la noirceur quasi palpable. Pour les aider à s'y retrouver, Dominick Bédard a mis en place un ingénieux système de texture de tapis. Ainsi, les comédiens parcourent la pièce pieds nus, sensible à ce que leur permet leurs extrémités. «Il a fallu pratiquer assez souvent pour que ça devienne une seconde nature, un automatisme au niveau du corps et des pieds», mentionne le metteur en scène.

Ils doivent également se surpasser dans leur rôle parceque contrairement aux pièces habituelles, ils ne bénificient pas du support physique pour communiquer les émotions au public. Une mimique dans le noir n'a pas tellement d'effet...

Le spectateur aussi doit «travailler». Durant les premières minutes, il cherche des yeux les comédiens, tente de les situer en cherchant leur voix. Puis, il finit par s'abandonner et laisser libre cours à son imagination, l'odorat et surtout l'ouie en alerte. La pièce dure environ deux heures. Deux heures sans pause où le spectateur s'accroche au texte, tantôt dur , tantôt doux, de Daniel Danis, concentre son attention sur chaque mot.

Peut-être aura-t-il des surprises à la fin de la représentation car il aura sans doute prêté un visage aux comédiens et un «décor» au lieu qui seront différents de la réalité. Le spectateur est en effet plongé dans le noir dès son arrivée. Pour se rendre à son siège, il est accompagné par un comédien toujours dans la noirceur totale.

Pour sa part, l'auteur du texte, Daniel Danis semblait très satisfait de la forme qu'a pris sa pièce. « Je pense qu'ils tiennent un très bon filon en faisant la production dans le noir, commente Danis à la fin de l'avant-première. Parceque l'une des raisons pour laquel j'ai fait cet écrit sous cette forme, c'était pour impliquer, à l'intérieur de l'écriture, toutes les images possibles qui fassent que ce soit impossible à monter au théâtre. Et donc, qu'on soit obligés de revenir à la parole, au théâtre et non pas à l'image.»

«Dominick Bédard a tenu le pari de faire la production dans le noir et pour moi, cela trouve écho dans mon écriture, analyse-t-il. C'est vraiment un lieu où la parole est pleine. Et la musique fait aussi écho avec à une belle subtilité qui soutient bien le projet.»

 

 

Une pièce à contre-courant

La mise en scène constitue un défi de taille

La réalisation de la pièce «Cendres de cailloux» a constitué un défi à tous les niveaux.

Le metteur en scène, Dominick Bédard, était très nerveux, lors de la répétition générale qui précède la première. Et cette nervosité ne s'estompera pas avant quatre ou cinq représentations car la question demeure toujours de savoir si le public et prêt pour ce genre de spectacle, s'il acceptera. «On vit dans un monde de vidéos où tout nous est mis cuit dans le bec. Dans «Cendres de cailloux», il faut faire un effort mental et c'est très exigeant, concède-t-il. C'est une pièce à contre-courant, disons.»

La troupe La Rubrique a consacré une centaine d'heures pour mettre au point ce spectacle. Dominick Bédard dit avoir eu l'idée de jouer dans le noir lorsqu'il a assisté à une pièce pour enfants écrites par Daniel Danis.

«Je me disais que ce style d'écriture gagnerait à être joué dans un lieu métaphysique parcequ'on se fait raconter quelque chose. Dans le noir, on génère beaucoup d'images et c'est dans ce sens là que j'ai travaillé. Il fallait essayer de théâtraliser les émotions et les «feelings», les faire sentir au spectateur et je crois que le noir était la meilleure façon de le faire. Dans le noir, on sent les ondes, la présence de quelqu'un près de soi. Ça nous permet de voir de différentes façons, avec autre chose que les yeux.»

Sons et éclairage

Le défi était grand également au chapitre de la sonorisation et de la technique d'éclairage parce que le technicien, Bernard Grenon, n'a aucune notion de ce qui se passe dans la salle. Il est complètement isolé dans une pièce, entouré de ses claviers. Comme seuls points de repères, il doit se fier aux textes et faire confiance à son intuition.

Le problème avec cette façon de travailler, c'est qu'il ne peut pas intervenr si quelque chose se brise. La fiabilité de l'équipement est donc vérifié deux fois plutôt qu'une avant le début de la représentation.

«Nous sommes habitués à travailler avec de la perception directe, confie Bernard Grenon qui se montrait lui aussi très nerveux. Durant les répétitions, c'était Dominick qui me servait d'oreilles.» Il a consacré près de 300 heures à mettre au point la sonorisation. Quant aux éclairages, c'est Claude Martel qui a eu la mission de trouver une manière de «faire des éclairages éteints», comme dirait Dominick Bédard.

 

Articles parus dans le Progrès-Dimanche, le 31 octobre 1993

 

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